Mémoires familiales : les Tohsaka

Attention : cet article contient des spoilers de Fate/Zero et Fate/stay night.


Le grand public a déjà été confronté à deux mages de la famille Tohsaka : Tokiomi, fier patriarche et Master de Gilgamesh durant la Quatrième Guerre du Graal de Fuyuki dans Fate/Zero, et Rin, sa fille et héritière, Master d’EMIYA durant la Cinquième Guerre et héroïne de Fate/stay night. Si l’on insiste finalement assez peu dessus dans les œuvres principales, leur héritage en tant que lignée de mages mérite d’être approfondi. Être les élèves du magicien Kischur Zelretch Schweinorg et fonder le rituel du Graal de Fuyuki, ça n’est pas rien ! Faisons un retour de quelques siècles en arrière, aux alentours de 1790, à la rencontre des origines de la famille Tohsaka.

Kakure Kirishitan, arts martiaux et premiers contacts avec la thaumaturgie

Sur l’archipel japonais, la religion chrétienne a pendant longtemps connu des persécutions extrêmement violentes de la part du gouvernement en place. Renforcées après la révolte de Shimabara en 1638 (menée, entre autres, par Amakusa Shirō), ces exactions ont forcé les chrétiens japonais à pratiquer leur religion en secret, allant même jusqu’à déguiser les figures des Saints et de la Vierge Marie en Bouddha et bodhisattvas. On emploie aujourd’hui le terme de « Kakure Kirishitan » (japonais pour « chrétiens cachés ») pour les désigner.

La famille Tohsaka, dirigée dans les années 1790 par Nagato Tohsaka, fait partie d’entre eux. À l’époque, en revanche, ils ne sont pas réellement familiers avec la thaumaturgie. Nagato cherche à atteindre la Racine (根源, Kongen) à travers le mushin, un état mental où « l’esprit est sans fixation ». Il pratique pour cela un style de kenpō qui est propre au clan (le kenpō désignant généralement les arts martiaux japonais d’origine chinoise).

Cependant, le chef du clan Tohsaka croise le chemin d’un personnage haut en couleur lors d’un voyage : Kischur Zelretch Schweinorg. Décrit comme un « vieil homme sorti de nulle part », Nagato paie la note de son hôtel et reçoit en échange quelques enseignements de thaumaturgie, sans pour autant devenir son élève à proprement parler (Zelretch parle de lui comme d’un « disciple distant » sur lequel il garde un œil). Si vous n’êtes pas familiers avec Zelretch, il nous sera difficile de résumer promptement toute l’ampleur du personnage et son implication dans l’univers de TYPE-MOON (ou devrions-nous dire LES univers ?). Néanmoins, sachez que devenir l’élève du maître de la Seconde Magie, c’est s’assurer de revenir totalement brisé de l’entraînement surhumain mis en place par le voyageur de l’espace-temps.

Kischur Zelretch Schweinorg représenté par pako pour le jeu Fate/Grand Order.

C’est en conservant cette distance que Nagato parvient à ressortir indemne voire même enrichi de sa rencontre avec le vieil homme. Il lui confie même les plans de son Épée Perlée, une arme à la technologie au-delà des capacités humaines capable d’ouvrir des brèches vers des univers parallèles (oui, rien que ça). Si Nagato est choisi pour hériter de ce plan, c’est parce que des trois élèves de Zelretch à ce moment (Zouken Makiri et Justeaze Lizrich von Einzbern étant les deux autres), Nagato est le seul en lequel il ne voit « pas de Mal », bien qu’il soit le moins prometteur à première vue. Le patriarche Tohsaka voit en cette tâche un « devoir » devant être transmis à travers les générations, et c’est avec cette objectif en tête que la lignée Tohsaka commence à suivre avec une grande rigueur les enseignements de son grand maître.

La fondation du rituel du Graal

Zouken et Justeaze contactent très rapidement Nagato, gestionnaire des terres japonaises de Fuyuki, une ville bien éloignée du regard de l’Association des Mages. Les deux mages veulent en effet créer un rituel capable de reconstituer la Troisième Magie perdue des Einzbern : Heaven’s Feel. Un cercle magique, des entités de mana surpuissantes et des lignes telluriques, tels étaient les composants nécessaires à l’incarnation de l’âme. Mais c’était sans compter sur l’agent X, l’orgueil et l’avarice des mages participants, pour transformer le tout en affrontement sanglant.

Les trois fondateurs du rituel du Graal de Fuyuki.

Mais cela, nous le développerons très probablement dans un article dédié aux trois premières Guerres du Graal de Fuyuki. Sachez cependant que les deux premières ne verront aucun mage sortir victorieux des 120 années de préparations qui leur seront nécessaires.

Tohsaka et Edelfelt – la Troisième Guerre du Graal de Fuyuki

Seulement, à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, la Guerre du Graal de Fuyuki prend un tournant majeur : désireux coûte que coûte de remporter la victoire, la famille Einzbern modifie le rituel d’invocation de son Servant et parvient à invoquer Angra Mainyu, incarnation de « tout le Mal du monde », entité qui corrompt définitivement le rituel après sa défaite. Aux alentours de 1934 (si l’on part du principe qu’il s’est écoulé exactement 60 ans entre la Troisième et la Quatrième Guerre du Graal), les Masters se rassemblent à Fuyuki et se préparent à l’affrontement.

Parmi eux se trouvent deux sœurs finlandaises issues de la prestigieuse lignée Edelfelt. Maîtresses incontestées du Gandr et utilisatrices de gemmes, leur famille possède une caractéristique particulière : leur Sceau Magique, cristallisation immatérielle du savoir d’une lignée de mages, peut être transmis à deux héritiers au lieu d’un en temps normal. Leur dernière représentante en date, Luviagelita Edelfelt, mentionne par exemple avoir une sœur. Grâce à cette spécificité, les deux femmes parviennent à invoquer non pas un mais deux Servants de classe Saber issus du même Esprit Héroïque. La guerre semble gagnée d’avance, mais c’était sans compter sur le caractère bien trempé des deux sœurs qui se séparent sur un désaccord en plein milieu des affrontements. On sait seulement que la cadette figure parmi les derniers combattants de la Guerre et qu’elle « disparaît » après avoir été vaincue par un Master. L’ainée, quant à elle, fuit le pays, maudissant l’entièreté du Japon et particulièrement la famille Tohsaka (rancœur qui perdurera même chez Luviagelita).

Les sœurs Edelfelt dans les souvenirs d’Angra Mainyu, une représentation mentale peut-être pas si farfelue que ça…

Le lien entre la lignée qui nous intéresse aujourd’hui et ces deux sœurs, c’est que le dernier adversaire de la sœur cadette n’est autre que le Master non-nommé des Tohsaka durant la Troisième Guerre du Graal de Fuyuki. On ne sait quasiment rien sur lui : le Servant invoqué est inconnu (mais ce n’est ni Saber, invoqué par les sœurs Edelfelt, ni Assassin, invoqué par un mage marionnettiste, ni Berserker, la classe étant occupée par le Angra Mainyu des Einzbern), son nom également, et ses agissements se limitent à vaincre la cadette Edelfelt. On suppose en revanche qu’il a survécu à cette Guerre (qui s’est terminée prématurément à cause de la destruction du Graal Inférieur, mais nous vous en reparlerons une autre fois).

Là où les choses deviennent intéressantes, c’est quand on s’intéresse à la magie des Tohsaka. Si vous vous souvenez particulièrement de Rin pour son utilisation de Gandr et des gemmes (tiens, c’est amusant), il faut savoir que ça n’a pas toujours été le cas. En effet, cela a été ajouté à l’arsenal des gestionnaires de Fuyuki… après la Troisième Guerre du Graal. Vous commencez à saisir ? Allez, une dernière couche : l’un des parents de Tokiomi est étranger. Vous l’avez, ça y est ?

Tout porte à croire que le Master Tohsaka de la Troisième Guerre du Graal serait le père de Tokiomi Tohsaka et que sa mère ne serait autre que la sœur cadette des Edelfelt, dont le Sceau Magique aurait été été incorporé à celui des Tohsaka pour permettre au cinquième chef du clan de maîtriser ces nouveaux arcanes. Il est parfois bon de rappeler que les mages traditionnels ne sont pas de bonnes personnes et sont prêts à tout pour permettre à leur lignée de perdurer et de percer dans le monde de la thaumaturgie. S’éteignant en ayant réussi à voler le savoir d’une autre famille, le père de Tokiomi laisse à son fils le soin de remporter la Quatrième Guerre du Graal pour le compte de leur famille.

Père et fille – les Quatrième et Cinquième Guerres du Graal de Fuyuki

Tokiomi Tohsaka est probablement le mage le plus typique que nous ayons pu rencontrer dans les œuvres principales de la franchise Fate : il est élégant, il entretient la noblesse de sa famille dans un style très occidental s’éloignant des racines japonaises qui étaient bien plus présentes à l’époque de Nagato, et son but ultime est bien évidemment d’atteindre la Racine, objectif perdu de vue par les deux autres familles fondatrices depuis bien longtemps. Sur ce point, il est légitime de le considérer comme le plus noble des mages participant à la Quatrième Guerre du Graal de Fuyuki (Kayneth Archibald étant certes un aristocrate pur mais ayant des motivations plus égocentriques que celles de Tokiomi).

Seulement, il est bon de rappeler que dans le Nasuverse, un « bon » et « noble » mage n’hésitera aucunement à abandonner sa deuxième fille à l’une des familles les plus torturées de la ville pour renforcer les relations qui les nouent, disposant de toute façon d’une héritière toute trouvée qu’il entrainera avec rigueur pour prendre sa succession. Ici se trouve toute la dualité du personnage de Tokiomi Tohsaka : père aimant et professeur complice pour Rin, géniteur désintéressé pour Sakura. Pourra-t-on imaginer qu’avec la relation centenaire qui lie les Tohsaka et les Matou (anciennement Makiri), les pratiques monstrueuses de Zouken étaient inconnues ? L’histoire ne nous montre pas dans quel état d’esprit Tokiomi abandonne sa propre fille, même si la réaction de sa mère, Aoi Tohsaka, témoin du sort de Kariya Matou, laisse penser que tout cela était su des gestionnaires de Fuyuki. Gen Urobuchi, l’auteur de Fate/Zero, confirme dans une interview que cela « n’importait de toute façon pas à Tokiomi qui ne pense à la pérennité de sa lignée de mage et certainement pas à sa filiation. »

Sakura Tohsaka, fille cadette de Tokiomi, sacrifiée sur l’autel du monde des mages.

Revenons à la Guerre du Graal. Jouant de ses influences et de l’amitié liée par le Tohsaka de la Troisième Guerre du Graal et Risei Kotomine, Tokiomi part avec non pas un mais deux coups d’avance : en plus d’avoir le superviseur de l’Église dans la poche, il s’allie avant même le début des affrontements à son fils, Kirei, lui aussi Master de la Quatrième Guerre du Graal. Le but de la manœuvre : emmener Tokiomi vers une victoire totale sans difficulté. L’équipe déroule alors le tapis rouge vers la réussite : invocation de Hassan aux Cent Visages pour Kirei afin de garder un œil sur l’ensemble de Fuyuki, mise au point d’un stratagème visant à fausser sa mort pour créer un effet de surprise sur la capacité du Servant, et surtout l’invocation du Roi des Héros, Gilgamesh, Servant aussi puissant que vaniteux destiné à renverser (pardonnez l’expression) l’entièreté de ses adversaires.

L’obtention du Graal est donc une évidence pour Tokiomi, et d’un point de vue externe, il faut bien avouer que tous les éléments sont réunis. Mais c’est sans compter sur l’inconnue instable de cette équation, à savoir Kirei Kotomine. Faisant la rencontre de Kiritsugu Emiya au cours de la guerre, l’exécuteur tourne toute son attention vers lui jusqu’à en oublier son allié qu’il finitpar trahir dans une scène mémorable dont tous·tes les lecteurs·rices et spectateurs·rices de Fate/Zero se souviennent. Aoi est également victime de ses machinations et finit étranglée par son ami d’enfance, Kariya, la laissant avec des lésions cérébrales irréversibles qui auront raison d’elle peu de temps après. Rin, alors âgées d’à peine 8 ans, perd ses deux parents et sa sœur et est confiée au plus « fidèle » apprenti de Tokiomi qui n’est autre que Kirei lui-même. Une nouvelle ironie du sort pour la famille Tohsaka.

Le maître trahi par l’apprenti.

Ignorant les véritables raisons de la mort de ses deux parents, Rin reprend le flambeau avec un sérieux tout particulier : elle est bien décidée à remporter la Cinquième Guerre du Graal de Fuyuki et à suivre les enseignements de son bien-aimé père. À l’aube de ce nouvel affrontement décisif, elle redouble de préparations pour mettre toutes les chances de son côté, allant jusqu’à planifier à la quasi perfection l’invocation de son Servant. Seulement, Tokiomi étant décédé bien avant d’avoir pu transmettre toutes les informations à sa fille, c’est Kirei qui s’en charge, omettant volontairement de nombreux éléments dans le but de brouiller les pistes de son apprentie.

Rin invoquant son Servant au début de la Cinquième Guerre du Graal de Fuyuki.

La suite, vous la connaissez bien évidemment : selon les routes de Fate/stay night, Rin mettra un terme à la Cinquième Guerre du Graal en interrompant la phase finale du rituel et parviendra même à forger, à l’aide d’Illyasviel et de Shirou, l’Épée Perlée de Zelretch, accomplissant ainsi le plus important devoir des Tohsaka. Quoi qu’il en soit, la jeune femme, témoin des atrocités de cet affrontement qui ne mènera jamais à Akasha, considèrera à juste titre que le rituel n’a plus lieu d’être.

Conclusion – l’héritage des Tohsaka

La question de l’héritage de cette famille, introduite à la thaumaturgie dans le seul but d’atteindre la Racine à travers le Graal, se pose tout naturellement après le démantèlement de celui-ci une dizaine d’années après les événements de Fate/stay night. Fort heureusement, la volonté de Rin la poussera à rejoindre Londres pour étudier à la Tour de l’Horloge et utiliser son héritage à bon escient sans plus jamais recourir au sanglant et tristement célèbre rituel du Graal de Fuyuki. On saluera ainsi le parcours remarquable de cette mage que le poids du passé et des responsabilités n’aura pas su faire flancher.

Chapeau, Rin !

Melloi

Président fondateur de l'association Archetype:Moon | Premier fan de Tōko Aozaki | Troisième héritier du titre El-Melloi

Une pensée sur “Mémoires familiales : les Tohsaka

  • 16 octobre 2018 à 14:47
    Permalink

    Excellent
    Continuez comme ça c’est super intéressant

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